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Note d'intention - Tierra
S'inscrivant de manière pleinement assumée dans la lignée de l'autofiction, Tierra s'articule autour de la figure de la mère récemment disparue d'un dramaturge qui décide d'écrire une pièce en convoquant trois personnages - réels ou imaginaires -
qui l'ont connue.
L'action se déroule dans le gymnase du lycée où cette mère, Liliana, professeure de littérature aimée de tous, a enseigné la majeure partie de sa vie. Au fil de la représentation, le spectateur découvre les vies de trois de ses anciens élèves, chacun
marqué par la perte d'un proche : Celia, femme de ménage à qui Liliana a appris à écrire, vit dans le souvenir de son fils mort dans un accident de moto ; Clara, fille d'un disparu sous la dictature militaire, trouve auprès d'elle un espace de parole et de
résistance ; et Lucas, meurtrier de son frère jumeau assassiné à coups de hache dans un accès de rage, découvre à travers la littérature et la poésie une manière de se reconstruire en prison.
Le lien qui unit Liliana à ses anciens élèves devient le véritable fil de transmission du texte. Explorant trois dimensions du deuil - sociale avec Celia, politique pour Clara et spirituelle chez Lucas - Tierra est une oeuvre profondément reconnaissante envers
celles et ceux qui enseignent, et rend hommage à leur capacité d'émanciper, de consoler et parfois de sauver.
Cet ancrage dans le réel et la transmission trouve son double au coeur même de la fiction. Peu à peu, ce qui unit ces trois figures - au-delà du fait d'avoir été les élèves de Liliana ou d'avoir connu des deuils particulièrement douloureux - est qu'ils sont des
personnages de théâtre tenus de représenter leur propre histoire sur scène. La pièce parle ainsi du deuil et de la manière dont il transforme nos existences, mais surtout, elle propose une réflexion sur la représentation scénique, sur l'art théâtral et sur le
regard du spectateur, c'est-à-dire sur la manière dont le théâtre nous apprend à voir, à comprendre et à partager la douleur des autres.
L'auteur dialogue avec ses personnages au sujet de l'écriture de la pièce, du projet qu'ils construisent ensemble, et de la représentation elle-même. Il leur donne des indications scéniques - et, parfois, ce sont eux qui le corrigent. À travers ces échanges se dessine une réflexion sur l'autofiction : brouiller les limites entre le vécu et l'imaginaire, entre la vie et le théâtre, pour rappeler qu'il faut parfois mentir pour dire la vérité.
La méta-théâtralité de Tierra ne constitue pas un effet de style mais une nécessité poétique : elle permet de dépasser la douleur sans la nier, de transformer la mort en objet artistique. En prenant la distance du plateau, le texte parvient à tenir ensemble
la gravité et l'humour, la lucidité et la tendresse - cette pudeur propre au théâtre, qui permet d'aborder la mort sans pathos et de rendre à la mémoire sa part de beauté.
Tierra part d'une perte singulière, mais pour ouvrir une réflexion universelle sur ce que nous avons tous en partage : la disparition, la mémoire et le besoin d'en faire une forme. L'autofiction devient ainsi cette forme trouvée par l'auteur qui, selon sa propre
image, part de sa larme pour rejoindre le déluge qui nous emporte collectivement.
Ahoj! Som Libroamiko, tvoj knižný radca.
Ako ti môžem pomôcť?